Le mystère du Hemi Ball-Stud : comment un moteur révolutionnaire est tombé dans l’oubli — ce qui a tué le projet

À la fin des années 1960, Chrysler voulait remplacer ses lourds V8 par un nouveau moteur, mais le Hemi Ball-Stud n’a jamais dépassé le stade du prototype. Pourquoi ce projet prometteur n’a-t-il jamais eu sa chance, et qu’est-il advenu du seul exemplaire encore existant ?

4 septembre 2026 à 20:10 / Tuning

L'histoire de Chrysler est jalonnée de projets mystérieux, mais rares sont ceux qui sont aussi intrigants que le Hemi Ball-Stud. À la fin des années 1960, les ingénieurs de la marque se sont lancés dans la conception d'un moteur capable de remplacer dignement les imposants V8, tout en conservant le caractère et les performances qui faisaient la réputation de Chrysler. Après le succès du 426 Hemi, qui avait bouleversé la perception des performances aussi bien sur route que sur circuit, Chrysler a compris qu'il lui fallait un moteur plus simple, plus léger et moins coûteux à produire.

C'est ainsi qu'est né le projet A279, plus connu sous le nom de Hemi Ball-Stud. Son ambition était considérable : remplacer toute la gamme des big-block, notamment les 383, 400, 440 et même le mythique 426. Les ingénieurs envisageaient deux cylindrées — 6,6 et 7,3 litres — dans l'espoir d'obtenir une puissance proche de celle des Hemi classiques, mais avec une conception moins complexe et un poids réduit. Pourtant, le durcissement des normes antipollution se profilait déjà à l'horizon, tandis que la crise pétrolière menaçait de mettre fin à l'ère des muscle cars.

Sur le plan technique, le Hemi était une véritable expérience. Au lieu d'utiliser des arbres conventionnels et des culasses massives, les ingénieurs ont repris un bloc de la série B avec des chambres de combustion hémisphériques et des culbuteurs montés sur des rotules. Inspirés par la conception Mark IV de Chevrolet, ils ont adopté une architecture à soupapes inclinées ainsi que les mêmes dimensions de soupapes que sur le 426 Hemi. Résultat : le moteur pesait environ 45 kg de moins et était environ 42 cm plus étroit que son prédécesseur. D'après les chiffres moyens disponibles, la version de 7,3 litres développait davantage de puissance que le 440, mais restait légèrement en dessous de la version la plus performante du 426 équipée de deux carburateurs.

Cependant, de sérieux problèmes sont apparus à l'approche de la production. Pour pouvoir utiliser le bloc existant, les ingénieurs ont dû conserver l'ancien système de fixation des culasses, ce qui a entraîné des conduits d'échappement incurvés et une chambre de combustion qui n'était plus totalement hémisphérique. Ces défauts auraient pu être corrigés, mais l'argent est rapidement devenu le principal obstacle. En 1969, Chrysler devait faire face à l'augmentation des coûts liés à la modernisation de ses installations de production, ainsi qu'au durcissement des normes antipollution. Dans ces conditions, lancer une nouvelle famille de moteurs big-block semblait trop risqué, d'autant que le marché des muscle cars se contractait rapidement.

Finalement, le projet Hemi Ball-Stud a été abandonné à un stade précoce. Les estimations varient, mais entre trois et 12 prototypes auraient été construits, et un seul aurait survécu jusqu'à aujourd'hui. Son histoire est aussi remarquable que celle du moteur lui-même. Le légendaire pilote de dragster Dick Landy a réussi à mettre la main sur cet exemplaire unique et a immédiatement commencé à le modifier : il a réalésé les cylindres, remplacé certains composants et modifié l'admission. Le moteur a ensuite fait son apparition dans une rare Plymouth Barracuda de 1969, qui a changé de propriétaire à plusieurs reprises, participé à des courses et fini par être considérée comme une véritable pièce quasi mythique. Finalement, la voiture équipée de ce Hemi Ball-Stud a rejoint le National Automobile Museum.

L'histoire du Hemi Ball-Stud montre que même les idées les plus prometteuses peuvent rester sans lendemain lorsque les circonstances prennent une autre direction. Ce moteur aurait pu contribuer à façonner le visage des voitures américaines dans les années 1970, mais il est finalement devenu victime des transformations de l'industrie. Aujourd'hui, seuls les passionnés et les collectionneurs s'en souviennent, tandis que le moteur lui-même est devenu le symbole d'une promesse non tenue et d'une remarquable audace technique.

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