Qui se souvient aujourd’hui d’American Motors Corporation ? Très, très peu de gens.
American Motors Corporation, qui était à l’époque le quatrième constructeur automobile des États-Unis, a été créée en mai 1954 à la suite de la fusion de deux entreprises en difficulté, Nash et Hudson. L’objectif était simple : trouver un moyen de survivre aux côtés des trois grands constructeurs de Detroit — GM, Ford et Chrysler.
Est-ce que cela a fonctionné ? Tout dépend de la manière dont on voit les choses.
D’un côté, American Motors Corporation, plus connue sous le nom d’AMC, a survécu jusqu’aux années 1990. Mais son histoire, longue de près d’un demi-siècle, fut loin d’être un long fleuve tranquille. Contrairement aux constructeurs du Big Three, AMC ne prospérait pas vraiment : elle se battait en permanence pour rester en vie. Ses moyens financiers étaient bien plus limités que ceux de ses grands rivaux, ce qui se traduisait par des budgets de développement et de publicité plus modestes. Résultat, les voitures d’AMC rencontraient souvent le succès non pas grâce aux moyens dont disposait l’entreprise, mais malgré ses nombreuses contraintes.
L’une des réussites incontestables d’AMC fut la Rambler, une voiture compacte selon les standards américains qui permit à l’entreprise de s’imposer sur le marché.
La Rambler a fait ses débuts pour l’année-modèle 1950 et était initialement commercialisée sous la marque Nash. Avec le temps, Rambler allait devenir une marque à part entière au sein de la gamme du constructeur.
Le moment ne pouvait pas être mieux choisi. Dans les années 1950, et notamment au cours de la seconde moitié de la décennie, les Américains s’intéressaient de plus en plus aux voitures compactes importées, notamment à la Volkswagen Coccinelle. Dans le même temps, les voitures gigantesques proposées par les trois grands constructeurs de Detroit commençaient à lasser une partie des acheteurs.
La Rambler offrait un compromis particulièrement séduisant. Elle s’adressait aux Américains qui n’avaient pas besoin d’une voiture de six mètres de long pour aller faire quelques courses, mais qui n’étaient pas non plus prêts à se retrouver confinés dans l’habitacle minuscule d’une Volkswagen Coccinelle.
Bien sûr, la Rambler n’était compacte que selon les standards américains. Prenons le modèle 1957 : avec un empattement de 2,74 mètres et une longueur totale d’environ 4,85 mètres, elle serait aujourd’hui considérée comme une berline familiale, voire proche du haut de gamme. À l’époque, elle était toutefois classée parmi les modèles de taille intermédiaire.
La Rambler était proposée avec plusieurs types de carrosserie et devint suffisamment populaire pour permettre à AMC de s’implanter dans un segment de marché largement délaissé par les grands constructeurs.
Mais le chapitre le plus remarquable de l’histoire de la Rambler commença lorsqu’elle entra dans l’histoire automobile en tant que voiture de performance. C’est arrivé avec la Rambler Rebel de 1957.
AMC a pris une berline quatre portes à toit rigide et lui a greffé un moteur issu de la Nash Ambassador, un modèle de grande taille. Le résultat était une voiture relativement compacte équipée d’un V8 de 5,4 litres développant 263 ch.
Pour une voiture de taille intermédiaire en 1957, c’était une puissance considérable. La Rebel pouvait passer de 0 à 97 km/h en seulement 7,5 secondes — un chiffre impressionnant pour la seconde moitié des années 1950.
Lors d’un essai publié dans son numéro d’avril 1957, Motor Trend fit une découverte encore plus surprenante : la seule voiture disponible sur le marché capable de dépasser la Rambler Rebel V8 était la nouvelle Chevrolet Corvette équipée de l’injection de carburant.
Parmi les berlines quatre portes, la Rebel n’avait tout simplement pas de rivale en 1957 en matière d’accélération. Les ingénieurs d’AMC envisageaient même une version à injection du V8 développant près de 294 ch. Des problèmes électriques mirent toutefois fin à ces expérimentations.
Avec le recul, on peut largement défendre l’idée que la Rambler Rebel V8 de 1957 mérite d’être considérée comme la véritable ancêtre de la muscle car américaine.
Sa recette était essentiellement la même que celle qui allait rendre la Pontiac GTO célèbre quelques années plus tard : prendre un moteur puissant provenant d’une voiture de grande taille et l’installer dans un châssis de taille intermédiaire. John DeLorean et Pete Estes allaient transformer cette idée simple en phénomène culturel dans les années 1960.
Malheureusement, presque personne ne se souvient aujourd’hui de la Rebel de 1957.
La production fut limitée à seulement 1 500 exemplaires et AMC passa une nouvelle fois à côté d’une partie de la reconnaissance qu’elle méritait. L’entreprise avait pourtant créé une voiture capable de ridiculiser pratiquement toutes les berlines de son époque et de dépasser presque tout ce qui roulait sur la route, à l’exception d’une Corvette à injection — plusieurs années avant que la Pontiac GTO ne rende cette recette célèbre.
La Rebel avait les performances. Il lui manquait simplement la notoriété et les volumes de production nécessaires pour devenir une légende.